De novembre 2000 à juin 2003, j’ai vécu et travaillé au Caire. Cinq fois par semaine, chaque petit matin et sans jamais faillir pendant plus de cinq cents jours, j’ai donné des nouvelles à 98 amis. Je me levais tôt, j’écrivais à la main. Je tapais sur mon écran. J’envoyais. Sans me retourner, sans me lire ni me relire. Le reste du jour, je me tenais sur le qui-vive, guettant la chose vue, vécue ou entendue, qui serait le « poil de cairote » du lendemain.
Mon idée originelle était simplement de donner un regard quotidien sur le Caire, de dire ce que je voyais avec mes yeux malhabiles et partisans d’occidental, et de le faire avec une régularité de métronome qui garantissait la présence des intermittences du cœur, des sautes d’humeur, des semaines creuses et des jours pleins.
À mon retour, ces « poils » qui racontent l’histoire complexe de mon adoption progressive par la ville, sont devenus un livre.